L’ARME DE PAIX
10 ans de carrière. 5 albums. Oxmo Puccino est un artiste, un vrai, de ceux qui sont passionnés par les mots, la musique
et qui sont attentifs aux autres, à leur vie, leurs préoccupations, leurs rêves.
En décembre dernier, Oxmo publiait sur son site « Envahis d’images, de vidéos, de musique de toutes sortes, nous ne sommes plus touchés. Je pense simplement que nous avons oublié de rêver, de s’imaginer ». C’est le postulat de départ de ce cinquième album qui évoque une envie de partager avec le public des sentiments, des émotions, sans artifice.
Après Lipopette Bar (Blue Note) Oxmo a sillonné les routes de France, accompagné des Jazzbastards. Entouré de son quatuor, Oxmo se révèle alors artiste de scène, emprunt de générosité, d'humour et de charisme le temps d'une tournée de 50 dates. C’est lors de cette tournée, que notre Black Popaye entame l’écriture de ce cinquième album.
En juin 2008, il rentre en studio pour maquetter les premières chansons. Il confie la responsabilité de la réalisation à Vincent Taurelle, Vincent Taeger et Ludovic Bruni, ses complices avec qui il avait déjà fait « Lipopette Bar ». Il n’est pas question pour autant de faire un Lipopette Bar 2. Oxmo souhaite que ce nouvel album soit « naturellement hip-hop, évidemment musical, impérativement positif ».
LA GENÈSE
« 365 jours », le premier titre de « L’Arme de Paix » est aussi le premier titre enregistré, en live, au studio La Marquise, à la maison, chez Vincent Taeger. Initialement écrit et composé en tournée par Oxmo, ce titre aborde le thème du temps qui passe. Un thème très présent dans cette cinquième oeuvre. « Plus tu vieillis, plus tu perds des gens. C’est inévitable. (…) Il est donc important d’en saisir la réalité. ». On y retrouve toute la verve de celui que l’on avait découvert 10 ans plus tôt dans « Opéra Puccino » le tout dans une ambiance Gainsbourienne:
« Né le matin, majeur à midi, vieux dès 20h / L’histoire oublie les héros, pas les vainqueurs »
L’ÉCRITURE
Illustration de la volonté d’Oxmo de partager une certaine intimité avec l’auditeur, il a une fois encore su faire évoluer son écriture. Toujours la même poésie, le même sens de la métaphore, le même talent unique de conteur. À l’heure où les manifestations de la crise économiques se traduisent chaque jour en bas de chez nous, il nous dépeint le quotidien gris à coups de slogans ultimes. Dans « Soleil du Nord », Oxmo Puccino souhaitait évoquer les différents modes de vie dans lesquelles les gens évoluent selon qu’ils vivent au Nord ou au Sud et de façon plus générale le quotidien des gens vivants dans les villes et où l’horizon se perd dans le gris du ciel. « On parle rarement du quotidien, de ses petites choses parfois cruelles parfois inconscientes tellement elles sont habituelles, inexorables. »
« L'hiver dure trois saisons, 40 ans de crédit la belle maison / chaque semaine grossit le jackpot / les temps durcissent, les copains n'ont plus de clopes »
A l’image de « L’enfant seul », Oxmo écrit et décrit la vie sans jamais se poser en juge, peu importe que tu viennes « des bas fonds ou des quartiers neuf », Oxmo capte la réalité. C’est le cas de « Tirer des traits » dont il a écrit les premières phrases en 2006 lors du festival d’Amadou & Mariam à Bamako (Les Paris Bamako), qu’il a ensuite testé sur scène pour affiner à la fois son écriture et son analyse d’une jeunesse qui plie sous le poids mais qui lutte pour espérer, dans un ultime cri d’espoir.
« Toute façon, on ne va pas se plaindre / Nos parents se sont saignés: Au sommet on sera pas plein / Car on se fout d'être conseillé / Mon daron m'avait dit qu'exister c'est tirer des traits »
« L’Arme de Paix » résonne comme un manifeste. On sent une volonté profonde de nous faire partager un moment de chaleur. La thématique abordée dans « Partir 5mn » en est l’illustration parfaite.
« Parce que la première est toujours la dernière fois Déguste chaque minute / Vivre un perpétuel terminus / Comment faire quelques heures de cinq minutes ? »
Voilà un disque qui tour à tour nous émeut (Soleil du Nord), nous invite à la réflexion (365 jours, Véridique), et nous offre un peu de soleil et d’espoir. Pourtant Oxmo a souvent été catalogué, à tort, comme une plume triste et pessimiste... Il n’est qu’un chroniqueur de son époque. « L’arme de paix » la chanson éponyme en est l’exemple type.
« Cette audace de parler de paix, pendant la fin des temps / Chanter contre ce futur sans précédent / Il le faut, ce monde c’est le nôtre / Je pense qu’on tire bénef du bien de l’autre »
Autre thématique récurrente chez Oxmo Puccino, les rapports homme-femme, qu’il a toujours dépeint sans artifice, avec beaucoup de réalité et toujours avec amour, ce, depuis « Le jour où tu partiras» (feat.K-Reen / Opéra Puccino). Dans « J’te connaissais pas », Oxmo aborde ce rapport sous un nouvel angle, en évoquant la vie sans l’autre et les bouleversements qu’entraînent « la rencontre amoureuse ». On a souvent parlé des rappeurs comme de misogynes. Rien de tout ça avec Oxmo qui a, depuis toujours (Mama Lova, Laisse moi fleureter…), entretenu un rapport sincère et respectueux envers la Femme qui le lui rend bien en étant présente en nombre lors de ses concerts. Dans « Les Unes, Les autres », titre qu’Oxmo avait commencé à présenter lors de sa tournée précédente, il évoque avec beaucoup de tendresse & d’humour les femmes.
« T'as jeté l'une à l'eau et promis la lune à l'autre / Les unes ont tort, les autres n'ont pas raison / L'essentiel c’est d'être bien dans sa maison »