Artiste inclassable, engagée et revendicatrice, puise en partie son inspiration dans ses origines maliennes. Enfant de l'immigration, elle est consciente du malaise qui hante un grand nombre d'âmes de sa génération, des "schizos" à perpétuité selon elle. Ils sont de ce fait, tiraillés entre leur origine finalement lointaine et le pays qui les a vu grandir, mais qui paradoxalement ne les reconnaît pas comme ses enfants.
Elle parle de la société actuelle, de la place de la femme, de l'éducation, du pardon. Puis il y a ce qui lui tient peut-être le plus à cœur, "cette Afrique desséchée" qu'elle souhaite toucher avec ses messages d'espoir afin quelle ne "termine plus malheureuse dernière". Message destiné aux jeunes de là-bas, qui pensent que leur salut et celui de leur pays passe par l’émigration, pour elle "c'est de l'intérieur que l'on pourra y remédier".
Cette chanteuse a su transposer ces éléments en musique, évolution des styles et langue française se mêlent aux sonorités africaines, et au Bambara (dialecte malien).
Arthemiss Dosso Din est une artiste au parcours éclectique, elle fait ses débuts en 1996 dans un groupe de Hip Hop appelé "R2" dans lequel elle prend ses marques, et où elle a su s'affirmer en tant que rappeuse à part entière. Le groupe, original par sa musique et par ses performances, a réussi à l'époque à acquérir une certaine notoriété. Il s'est entre autres produit en première partie de "Manu Key" au café de la pêche en 1997, ou encore au festival pour l'abolition en 1998 et a partagé la scène avec des artistes comme La Brigade, ou Koma.
C'est en rejoignant la troupe "Groovy D" en 2002 qu'elle se familiarise avec le public de rue. Dans le spectacle du même nom, elle joue le rôle d'une jeune rappeuse à la recherche de son producteur.
L'histoire se déroule dans une ambiance musicale Live, Rap/Jazz. Cette expérience lui laisse de grands souvenirs : «Quand tu fais des festivals de rue, le public ne te connaît pas. Il s'arrête, t'écoute, il faut tout lui donner, être connecté, si ça ne lui plaît pas il s'en va, c'est opération séduction! Une bonne école, riche artistiquement mais surtout humainement».
En 2003, elle écrit avec deux compères, un nouveau spectacle : "RECYCLAGES", où danse, chant, et jeux de scène font sensation (Solidays, Clermont, etc.). Après le succès de cette saison, l’envie de se produire en solo se fait pressante.
S’ensuivent un gros travail d’écriture et une phase d’enregistrement de plusieurs morceaux en autoproduction. Un voyage musical sur la terre de ses ancêtres, d’où elle rapporte instruments, sonorités et plus de textes encore, achève de lui montrer la voie. De ces riches rencontres ponctuées de différentes scènes (Palais de la culture, Prime Time à l’ORTM), elle adopte un style épuré, entouré de musiciens (en acoustique).
Elle veut aujourd’hui être l’ambassadrice d’un nouveau style de musique, moitié Afro, moitié Reggae, moitié Hip-hop... Une moitié de trop? Non, c'est du 150%!
CAURIS WAX par Arthemiss
En 2007, naît en elle le désir d’agir de manière active sur le développement économique de son pays d’origine. Premier exportateur en 2004 de coton en Afrique subsaharienne, le Mali accuse depuis le coup de la baisse du cours mondiale du coton, conséquence de subventions uniques accordées aux planteurs européens et américains, ajoutées aux de règles drastiques et contre-productives imposées par le FMI.
En effet en Août 2008, la CMDT(Compagnie Malienne pour le Développement du Textile) sera privatisée sous pression du FMI et de la Banque Mondiale. Une catastrophe annoncée pour l’une des seules ressources du pays. Va-t-on les laisser tuer la production de cet Or blanc ?
L'industrie du textile a quant à elle quasiment disparu... le tissu Wax, fait de coton africain, aux "motifs africains", "porté par des africains", sort quasiment exclusivement des usines hollandaises! Qu’importe, c’est par ce bout qu’elle a décidé d’agir, «CAURIS WAX» était né.
Une ligne de vêtement d'un style urbain "Afro-streetwear", proposé à un public Français (puis mondial...), fait de tissus Wax en provenance d’Afrique, est la première pierre avec laquelle se construira une fabrique (puis deux, puis...) pour transformer le coton directement sur place.
«Qui va se soucier d'aller créer des emplois là-bas, si nous ressortissants ne le faisons pas?», s’explique-t-elle, tout en reconnaissant que c’est aussi un plaisir de laisser cette autre facette de sa personnalité d’artiste s’épanouir. La chanteuse se fait styliste! Sur les photos, CAURIS WAX habille ARTHEMISS bien sûr...