Cover: Hôtel Impala - Baloji
Artiste :
Baloji
Albums :
  • Hôtel Impala


  • [2] TOUT CECI NE VOUS RENDRA PAS LE CONGO

    J’ai beau fermer les yeux, j’ai encore ces visions
    De corps avachis sur le sol de la route de la perdition
    Et j’ai hurlé comme après ma circoncision
    Je suis entouré de fantômes ou est-ce la mort qui
    fait apparition ? J’en ai pissé dans mon lit, sommeil
    interrompu J’ai du mal à en parler à bâtons rompus
    J’étais pris de crampes, un talon sur la tempe
    À implorer que les enfants Ils ont voulu nous humilier
    à travers notre descendance Que les ovaires
    de nos femmes soient souillés de leurs semences
    Depuis ce soir je dis que notre famille est maudite
    La mort gravite autour de nous et je la sens
    Après les pillages, je suis retourné au village
    J’ai abandonné Lucienne, les enfants et mon pays
    d’ancrage Prétextant que l’armée chassait les Kasaïns
    Mais ce que j’ai fui, m’a rattrapé par un autre moyen
    Preuve en est, même si le pays est divisé Mon fils
    aîné de 13 ans est rentré dans une de leurs unités
    Au pays de la devise et de la débrouillardise On n’a
    pas attendu ebay pour faire du troc Je passe du
    chantier à la cuisine, du ciment au manioc Faut
    investir dans l’avenir comme dit le Front Commun
    Je répare un camion pour faire dans les transports
    en commun Je viendrai chez vous dès que mes
    papiers seront fixés En T-shirt à l’effigie de
    Lumumba Pour leur faire oublier le Che Je rêve
    de jouer au loto, boire de cette bière Du temps de
    l’Union Minière et du MPR Visiter votre Matongé,
    chaussée d’Ixelles Donne-moi de tes nouvelles par
    téléphone ou par mail Que Dieu te garde Tu
    restes
    dans mes prières, je t’embrasse

    Ça ne vous rendra pas le Congo
    J’ai reçu ta lettre, fin juin, enfin Elle m’a laissé mal en
    point, mais néanmoins Je n’ai cessé d’en relire chaque
    mot, chaque phrase Chaque nom, chaque détail,
    chaque photo, chaque visage Est-ce un mirage, une
    illusion, un hologramme ? Ou est-ce la raison qui a
    rendu l’âme ? La terreur vue d’ici c’est comme la terre
    vue du ciel Ça paraît loin de nous, ça paraît irréel
    Quand je pense que tu as quitté Kin, et les tiens
    Qu’ils chassent notre ethnie comme les prénoms
    chrétiens Ton fils, un assassin au regard de braise
    Qui à 13 ans, trouve son assurance dans un M16
    À 14 ans en quarantaine Ils l’ont pris pour un
    sorcier car il se défonçait au kérosène En arrivant
    dans l’est, il a tué par accident Un de ses cousins
    en le prenant pour un partisan Putain !, l’horreur
    est humaine, et l’on s’extermine Il voulait être un
    sauveur, pas un soldat anonyme

    Même si l’occident a bon dos Ça ne vous rendra pas
    le Congo Le pillage de nos minéraux, de nos lingots
    Ça ne vous rendra pas le Congo Reproduire les
    schémas coloniaux Ça ne vous rendra pas le Congo
    Car la terreur vue d’ici c’est comme la terre vue du
    ciel Ça paraît loin de nous, ça paraît irréel
    Les enfants de la Libération ne jouent pas aux indiens
    Ils voient l’Europe comme le far west en vain,
    pour rien En attendant leur chèque de la Western
    Union Elle rêve de dévaliser une délégation Disent
    les pays en transition, que la guerre est une escale
    Pour cet idéal, passe au plan Marshall
    Le règne du Maréchal l’a laissé bancal Et disent que
    l’Unesco n’aide que les pays cartes postales Au lieu
    de s’affairer aux affaires courantes Car un tiers du
    pays est sans courant, ni eau courante
    Les guerres ethniques renforcent le statu quo Le
    Congo est un terrain de stratego Pour ces pays
    voisins devenus rivaux Dans le pillage de ses minéraux,
    de ses lingots Et ça dégringole, le pays est sous
    contrôle Et c’est pire qu’au temps de Léopold Entre
    la loi de la jungle et celle des protocoles
    La révolution a besoin de bénévoles Tant que
    l’opinion publique abdique Le Congolais reste
    le nègre de l’Afrique

    Même si l’occident a bon dos Ça ne vous rendra pas
    le Congo Le pillage de nos minéraux, de nos lingots
    Ça ne vous rendra pas le Congo Reproduire les
    schémas coloniaux Ça ne vous rendra pas le Congo
    Tous Congolais à part entière, tous apparentés
    Laissons nos différends à part, on a un pays à
    remonter Pendant que les virus se donnent comme
    des prospectus Les nouveaux missionnaires font
    de leur Emmaüs Des petites, moyennes entreprises
    Qui ne connaissent pas la crise La crédulité des gens
    en guise de budget Ils investissent là où s’arrêtent
    les O.N.G. Et j’admire ton courage, ton sens de
    la débrouille Ton coeur est trempé dans le zinc,
    il résiste à la rouille Mais cesse de croire à leurs
    séances d’exorcisme Ils n’ont pas de cure contre le
    paludisme Moi, je suis un géant chez les pygmées
    Depuis que ma carte verte est périmée,
    le noir fait déprimer La dépigmentation de la peau
    laisse des séquelles Et le choc est culturel Notre
    développement est à l’arrêt comme la Gécamines
    Complexée par notre taux de mélanine L’intégration
    passera par l’argent Mais la détermination est
    le facteur déterminant

    Même si l’occident a bon dos Ça ne vous rendra pas
    le Congo Le pillage de nos minéraux, de nos lingots
    Ça ne vous rendra pas le Congo Reproduire les
    schémas coloniaux Ça ne vous rendra pas le Congo
    Car la terreur vue d’ici c’est comme la terre vue du
    ciel Ça paraît loin de nous, ça paraît irréel
    Avant de filer à la congolaise Je voulais revenir à la
    genèse Congolais du sud, du nord, de l’est, de l’ouest
    Tous Congolais à part entière, donc tous apparentés
    Laissons nos différends à part Un pays à reconstruire
    Le changement donne le vertige Main qui donne,
    main qui dirige Évolué mais dépendant Main qui
    donne main qui apprend Les frères se déchirent pour
    des billets à l’effigie de Lincoln Toujours le même
    cancer qui ronge sur le tropique du capricorne C’est le
    règne du veau d’or Les frères noient leur esprit dans la
    spiritueuse Ils croient en Dieu avant de croire en eux
    (Preaching…)



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    [3] ENTRE LES LIGNES

    Vu qu’on se perd à vivre dans le passé À regarder
    la vie nous dépasser Pour peu de choses, on se sent
    dépossédé Entre guillemets, entre les lignes
    Ceux qui m’appellent frère sont des étrangers
    Ils portent le même nom mais pas les mêmes traits
    Vu de près, le portrait est gâché Entre parenthèses,
    entre les lignes Arrivé avec les giboulées, juste un
    pied foulé Et mes repaires sont chamboulés
    Regard embué derrière ces vitres Je ne suis pas chez
    moi mais juste en transit Ils m’ont accepté sans
    trop de grogne Comme si j’avais été amené par les
    cigognes Mais de but en blanc, j’ai fait semblant
    pour éviter ces regards accablants

    Bambin Tous étrangers quelque part
    Chez nous nulle part Faut bien que je passe
    ma route Passe entre les gouttes
    J’ai du mal à me familiariser Avec ma famille
    d’emprunt J’ai du mal avec les familiarités
    De leur nouveau conjoint Vu qu’ils m’aiment sans
    fard Leur affection me désempare, me laisse à part
    On s’est quitté sans se dire adieu Et embrassé juste
    avec les yeux Sans se promettre, sans faire de voeux
    À demi-mot, entre les lignes Mais sans repères, si
    on devient rugueux Mais sans modèle les liens sont
    défectueux Et la mémoire est mon bien le plus précieux
    Jusqu’à ce point, entre les lignes Ils m’ont dit
    « laisse ces soucis dans le cagibi » On rêve tous d’un
    père à la Bill Cosby Tu sais aussi qu’on ne choisit
    pas sa famille Qu’on soit d’ici ou de Kigali Chez
    nous, on s’appelle frère, cousin et oncle
    Pour des raisons quelconques, tradition à la con
    Ils ont eu peur d’y aller contre, peur que l’on
    s’affronte Peur de porter le masque de la honte

    Bambin Tous étrangers quelque part
    Chez nous nulle part Faut bien que je passe
    ma route Passe entre les gouttes
    Retrouver de son pays dans le regard d’un inconnu
    Se retrouver comme chez soi au hasard d’une
    avenue Cacher sa personnalité derrière un caractère
    Même si les coups reçus sont involontaires
    Mon père essaye de me faire accepter le choc Mais il ne
    parle qu’avec ses mains comme un ventriloque Et chaque
    porte qui claque, clinche qui grince Me rappelle
    comme il rince Sa colère dès que ça coince Avec mes
    frères, enfance solitaire À jouer au malade imaginaire
    Mais je fais semblant de ne pas entendre leurs consignes
    Rester en marge pour lire entre les lignes

    Bambin Tous étrangers quelque part
    Chez nous nulle part Faut bien que je passe
    ma route Passe entre les gouttes



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    [4] OSTENDE TRANSIT

    Ostende transit Mais est-ce la vie que l’on mérite ?
    J’ai fait de mon histoire, une destinée
    Car rien n’est déterminé
    J’ai traîné mon vague à l’âme L’orgueil comme briselarmes
    Ma vie, une intrigue Du caniveau à la digue
    Vu que nos coutumes sont pleines de contraintes
    Que tu es consentante dès que tu tombes enceinte
    Donc, elle assume ce lien qui la lie Et qui concilie
    l’envie De retenir un homme marié et ses sentiments
    ensevelis Je suis né d’un accident et ça a une incidence
    Sur le cours de nos vies, sur notre existence
    Est-ce une conséquence, une coïncidence Ou est-ce
    la vie qui garde ses réticences ? Et si la vie nous guide ?

    Ostende transit Mais est-ce la vie que l’on mérite ?
    J’ai fait de mon histoire, une destinée
    Car rien n’est déterminé
    Le fil de la vie m’étrangle J’en ai oublié mon pays et
    ma langue Vu que les années ont défilé Mais en me
    voyant sur une chaîne câblée Elle s’est dit aussi qu’il a
    tenu parole En m’éduquant, en me mettant à l’école
    Sur la terre d’asile de son idole Au lieu d’espérer que
    ça les rafistole La rancoeur jette son dévolu Sur les
    enfants qui ne sont pas voulus Quand il me voit,
    c’est son regard qu’il croise Et les sentiments qu’il
    apprivoise Il m’a donné la chance d’avoir une autre
    vie Fait preuve d’indulgence même si c’est par dépit
    Même s’il le regrette en étant abject Je sais que c’est
    elle qu’il rejette de façon indirecte

    Ostende transit Mais est-ce la vie que l’on mérite ?
    J’ai fait de mon histoire, une destinée
    Car rien n’est déterminé
    Je compte les faits, non pas de féeries Je suis arrivé
    en bord de Meuse sans le ferry Mais on dit que
    la vie ne promet que la mort Elle m’a promis la
    musique et un putain de passeport Est-ce un but
    ou un moyen d’être maître de son sort ? Partir avec
    l’impression comme James Ensor
    Que la nature humaine est morte Que les besoins
    mécaniques l’emportent Entre Marvin et mon père,
    il y a ce parallèle Entre le besoin charnel et
    le spirituel Qui fait que dans le regard des hommes
    infidèles La culpabilité joue les sentinelles

    Tous quelque chose à fuir, quelque chose
    que l’on évite Tous sur le départ Ostende transit



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    [5] LE RESTE DU MONDE

    À mes heures perdues, pour tuer le temps Je refais
    le monde au départ de mon banc J’ai 10 ans mais
    pour eux c’est flagrant Frappant, mes troubles du
    comportement Ma concentration, toujours sur le fil
    La solitude comme terre d’asile Pour ne plus jeter
    ma colère comme un projectile Éviter la délinquance
    puérile Mais faire sentir à un gamin qu’il est différent
    C’est l’obliger à se voir différemment Mais les psychologues
    se trompent Si tu manques d’assurance,
    on te prend pour Forrest Gump Génération Club
    Dorothée Reste sur le bas-côté pour se faire dorloter
    Assister mais tout peut se gâter, car tous forcés
    À réussir là où les aînés ont raté

    Même si un monde nous sépare, c’est pas la fin du
    monde On va pas changer le monde, ce qui fait
    courir le monde (J’en veux au monde entier)
    Le poids du monde sur tes épaules, le poids passé
    dans l’autre monde Mais si tu ralentis le pas, tu
    cours à ta perte Et puis (J’en veux au monde entier)
    À mes heures perdues, j’ai appris de mes conneries
    Retrouver la patience comme à la garderie La vie
    n’est pas une fable Le poids du monde n’est pas sur
    ton cartable Je collectionne les mensonges comme
    des paninis Vu que l’ennui a besoin de compagnie
    Ma mère d’adoption essaye de me bercer Moi
    je refuse de l’embrasser, lui tenir la main pour
    traverser Je sais qu’elle ment pour me protéger Pour
    que je vive le coeur léger Arrivé en premier accueil,
    j’en ai fait mon deuil Mes larmes sont des trompel’oeil
    Et puis, les rapports se dégradent Grave !
    ça barde, et l’école m’évade Génération Atari
    On se console comme on peut, donc sois pas atterré

    Même si un monde nous sépare, c’est pas la fin
    du monde On va pas changer le monde, ce qui fait
    courir le monde (J’en veux au monde entier)
    Le poids du monde sur tes épaules, le poids passé
    dans l’autre monde Mais si tu ralentis le pas, tu
    cours à ta perte Et puis (J’en veux au monde entier)
    Celle-ci est pour la génération ringtones Vibre pour
    la zone et les clichés qu’elle prône On est violent
    parce que l’on a peur Tous une minuterie à la place
    du coeur J’étais le petit gars de couleur avant de
    sombrer Devenir le grand black prêt à te dérober
    Soit, on s’affirme ou se referme Moi j’ai grandi trop
    vite dans tous les sens du terme Complexé par mon
    crâne d’oeuf, ma taille Mon besoin d’attention a
    foutu la pagaille J’en ai voulu au monde entier
    Car ma famille recomposée est encore en chantier
    Et comme génération G.T.A. Mes cicatrices sont
    faites au crayola Mais l’enfance est charnière
    À cet âge-là, on n’a que des besoins primaires
    Même si un monde nous sépare, c’est pas la fin
    du monde (J’en veux au monde entier) On va pas
    changer le monde, ce qui fait courir le monde (J’en
    veux au monde entier) Le poids du monde sur tes
    épaules, le poids passé dans l’autre monde (J’en
    veux au monde entier) Mais si tu ralentis le pas, tu
    cours à ta perte Et puis (J’en veux au monde entier)



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    [6] LA PETITE ESPECE

    Voleur de sac à main Vivre sans lendemain Voleur
    de cylindrées Qui se laisse engrainer
    Mais je suis malléable comme de la plasticine Un autre
    gamin que la rue fascine Embobine et se laisse rouler
    dans la farine Courbe l’échine ou se débine Mais
    ça tient à un fil, tous de mèche On vit sur la brèche
    de haine et d’eau fraîche Dans la dèche, la folie des
    glandeurs prend de l’ampleur Réflexe de rôdeur

    Vu qu’un milieu ainsi, ça tourne en rond frérot, on
    touche le fond Vu qu’un milieu ainsi, ça tourne en
    rond frérot, on touche le fond Car quand les liens
    se défont pour une poignée de biftons frérot, on
    touche le fond Car quand les soucis pèsent comme
    des soupçons frérot, on touche le fond
    Vendeur de poussière d’ange L’argent brûle les
    phalanges Ici la connerie se refourgue Ralenti ma
    fougue et mes envies de fugue Mais j’ai lâché prise
    Seules les grosses coupures cicatrisent Mon malaise
    et mon vague à l’âme Même si Liège ce n’est pas
    Gotham Le jocker distribue les cartes Les frères
    viennent comme ils partent À l’étroit dans cette
    piaule Comme en taule, la liberté nous frôle

    Vu qu’un milieu ainsi, ça tourne en rond frérot,
    on touche le fond Vu qu’un milieu ainsi, ça tourne
    en rond frérot, on touche le fond Quand les liens
    se défont pour une poignée de biftons frérot, on
    touche le fond Quand les soucis pèsent comme des
    soupçons frérot, on touche le fond
    Je suis au bord du gouffre Donne-moi de l’air, frérot,
    je suis à bout de souffle Je suis au bord du gouffre
    Donne-moi un break, frérot, je suis à bout de souffle
    Les plus aigris flanchent Entre 4 murs ou 4 planches
    Ils se rétractent ou se retranchent Ils ont pris mon
    tournevis Pour une arme blanche J’ai agi avec
    violence Là où les vrais avancent en silence Je nous
    croyais comme le suprême: indivisible Mais tirer
    vers soi, c’est irréversible Vu que chacun pour soi,
    tous pourris Par temps de pénurie, vu quand théorie
    La parano remplace l’instinct Laisse aucun numéro
    sur ta carte sim Sépare les affaires de la famille
    intime Ta planque de ta piaule en des lieux distincts

    Vu qu’un milieu ainsi, ça tourne en rond frérot, on
    touche le fond Vu qu’un milieu ainsi, ça tourne en
    rond frérot, on touche le fond



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    [7] A L'HEURE D'ETE

    Le temps est suspendu comme en hors saison
    À l’heure d’été, on vit la réclusion Le fil des jours est
    tendu comme l’horizon On se dit que tout arrive pour
    une raison Août 97, c’est la disette Du riz aux sardines
    dans mon assiette Je sens la fin du mois venir 6 jours
    sur 7 Donc, si tu rouspètes, tu baignes dans la défaite
    J’ai pris ma destinée à l’arrachée Pour m’y retrouver, je
    me suis détaché Ce mois-ci, la bourse d’étude a payé le
    loyer J’ai poussé le bouchon, essayé de noyer Ce poison
    mais rien ne flotte mieux que le spleen Vu que l’espoir
    décline, fils indigne Qui se résigne quand les journées
    se rallongent, c’est un signe car

    En passant à l’heure d’été La nuit m’a pris de court
    et j’ai sombré Cette vie finit comme un fait divers
    Donc j’espère que le ciel nous tempère
    Ciel couvert comme une chape de béton Pour les
    rejetons, c’est bas de plafond Non pas instruits, juste à
    l’intuition À trop s’exposer, on risque l’insolation Mais
    à 18 ans, les soucis sont majeurs Quand ont vit accroché
    à son biper Ce train de vie m’a dévié, mal aiguillé
    À me bousiller pour du billet, mais ça y est Dans la rue
    ça chuchote, puis se chahute Comme au bahut, ça part
    tous azimuts Ici on fuit quand on voit les sirènes En se
    disant que la liberté, c’est une putain d’aubaine Mais
    pour excuser mes absences Je m’invente un job de
    vacances Mais septembre n’est pas loin Et tout ce qui
    rentre nous ramène au même point

    En passant à l’heure d’été La nuit m’a pris de court
    et j’ai sombré Cette vie finit comme un fait divers
    Donc j’espère que le ciel nous tempère
    Sous le soleil on vit par procuration Puis arrive l’avis
    d’expulsion Ça en devient ma seule préoccupation
    Mon obsession jusqu’à la convocation Juin 99,
    juste avant le bug Je baigne dans le bluff et la justice
    m’aveugle Pendu aux lèvres de ce procureur Le sort
    qu’il me réserve est en ma défaveur Ça m’a laissé sans
    voix, et puis j’ai fait appel Deux fois pour rien, pour
    des bagatelles La justice aime la transparence J’ai
    insisté jusqu’en première instance Depuis chaque été,
    j’appréhende Les recommandés comme des réprimandes
    Les retours d’impôts, rien n’est impossible
    Même les signes du temps sont imprévisibles

    En passant à l’heure d’été La nuit m’a pris de court
    et j’ai sombré Cette vie finit comme un fait divers
    Donc j’espère que le ciel nous tempère



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    [8] SEPTEMBRE

    Septembre… Réconcilie en moi Ses rancoeurs de
    longue date, qui ont laissé des stigmates Sur mes
    mauvais choix Septembre… À tout chamboulé en
    moi Je viens mettre fin à cette vie sans mettre fin à
    mes jours Sur mes mauvais choix
    Septembre… Qu’est-ce qu’il reste en moi ? Car les
    querelles domestiques m’ont laissé aux abois M’ont
    rendu lâche, horizon bringuebalant Car l’appel
    de la rue n’a pas d’équivalent Quand j’ai claqué la
    porte, j’avais 16 ans Et par paresse, j’ai laissé mes
    études en suspens L’autorité me désempare Je suis
    entre 2 mondes comme Gibraltar
    Septembre… À l’école du tournevis On te fait croire
    que le monde est un self-service Mais la paresse me
    persuade Mais quand Fouad a pris 5 ans, ç’a été une
    douche froide Il m’écrit de sa cellule qu’il regrette ses
    maladresses Que son ex a balancé aux flics son carnet
    d’adresses Depuis qu’elle baise avec ce type d’Herstal,
    d’une bande rivale La CC l’a rendue vénale

    Septembre… Réconcilie en moi Ses rancoeurs de
    longue date, qui ont laissé des stigmates Sur mes
    mauvais choix Septembre… À tout chamboulé en
    moi Je viens mettre fin à cette vie sans mettre fin
    à mes jours Sur mes mauvais choix
    François est retourné au Mali Sans diplôme mais
    le sang plein d’anomalies Avec Lucien on se croyait
    loin de tout ça Il est parti chercher de la mat du
    côté de Casa Il n’en est jamais revenu, on ne s’en est
    jamais remis Ce texte est décousu pour ne pas que
    la cavalerie S’en serve de pièce à conviction ou de
    déposition C’est juste un collage d’impression
    Septembre… Le mois des résolutions Car les
    remords sont rentrés ici par effraction maussade,
    quand vient mon anniversaire Vu que je compte les
    années par calendrier scolaire 5 ans partis en fumée
    à mâcher la poussière Sans fermer les paupières,
    guetter le témoin oculaire À enfoncer des verrous et
    des portes ouvertes À me rapprocher de ma perte

    Septembre… Réconcilie en moi Ses rancoeurs de
    longue date, qui ont laissé des stigmates Sur mes
    mauvais choix Septembre… A tout chamboulé en
    moi Je viens mettre fin à cette vie sans mettre fin à
    mes jours Sur mes mauvais choix
    Septembre… Me ramène à la petite enfance
    Connaître ma date de naissance, c’est une putain de
    délivrance Et en lisant tes mots, j’ai chialé comme
    un môme Ça m’a aidé à mettre des noms sur ces fantômes
    Qui me hantent et me tourmentent Ma vie a
    des allures de brocante Mes sentiments sont usés, ils
    sont de seconde main Papa nous a lâchés sans qu’on
    lui force la main On en est venu aux mots, on en est
    venu aux mains J’ai besoin de ton soutien pour mon
    maintien Ceux qui ne savent pas se défendre ont des
    larmes dans la gorge Et dans la lâcheté se logent
    Je déteste voir les gens pleurer Mais je me suis
    endetté Pour me retrouver tout seul à chialer dans
    Manhattan Voir Jay-Z au Madison Square Ça m’a
    rappelé les fondements que la passion servait d’équerre
    À accepter les émotions, en parler ça soulage
    Mais pour t’aimer ici j’ai encore un blocage Même si
    je le planque, je suis à découvert comme à la banque
    Ça me flanque la trouille, mes amis me manquent
    Un vide immense comme au temps de l’internat
    On se sent abandonné et livré à soi On vend, on coupe,
    on danse avec des loops J’étais le couillon de ma
    bande mais le leader de mon groupe Un canif dans la
    doublure et la rime baladeuse Je suis resté éveillé en
    la mettant en veilleuse En attendant septembre…



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    [9] REPRIS DE JUSTESSE

    Ce couplet est coupé à peau et à sang Pour sceller
    mon sort de ressortissant Vu que nos droits ici sont
    bannis Vu qu’ils nous chassent comme dans le Mississippi
    Encerclé par les circulaires et les formulaires
    Repli sécuritaire de république bananière Mais la
    double peine fait double emploi Leurs doubles jeux
    ne m’ont pas laissé le choix Mais mon visa d’étude
    n’est pas valable Vu que ma demande ici est irrecevable
    Donc peu de chance qu’ils me régularisent
    L’idée de tout quitter me dépayse Celle de tout
    perdre, perdre mes repaires Je suis un étranger des
    deux cotés de la frontière Donc, j’espère

    C’est le son des repris de justesse Ils le savent,
    ils le savent La terre promise ne tient pas
    ses promesses Et j’en crève, et j’en crève C’est le son
    des repris de justesse Ils le savent, ils le savent
    Dès qu’on arrive, on est des prévenus Si t’es pas
    au courant, c’est parce que c’est prévu
    Pamphlet gonflé à la Michael Moore Je suis prêt
    à morfler pour une carte de séjour Vu que les
    ministres jouent les Julien Courbet Héberger un
    illégal, c’est un des 7 péchés Dans la capitale,
    on vit sous le manteau À confondre une église et
    un petit château Ils disent qu’on est des hommes
    libres et égaux Mais la réalité est loin de ce
    portrait robot Pourquoi se voiler la face, jouer les
    Tom Sawyer En attendant le retour du Seigneur
    Vu que les officiels gardent ça officieux Parlent
    comme des logiciels en cas de contentieux Si tu
    viens pas des émirats au-delà des quotas Tu finis
    comme Semira donc dans ce cas Alors pourquoi
    démarcher, faire la file au guichet Car, tous
    fichés, tous recherchés

    C’est le son des repris de justesse Ils le savent, ils le
    savent La terre promise ne tient pas ses promesses
    Et j’en crève, et j’en crève C’est le son des repris de
    justesse Ils le savent, ils le savent
    Dès qu’on arrive, on est des prévenus Si t’es pas
    au courant, c’est parce que c’est prévu
    Réveil brutal, j’entends crier Levé du mauvais pied,
    mon lit est un guêpier 2 sbires en uniformes, un
    nerveux en civil Et mon kot ressemble à une scène
    de vaudeville Le petit nerveux joue les Charles
    Bronson Du poignet me questionne et dit que ma
    patronne N’a pas de permis de travail à mon nom
    comme ils le veulent Je veux répondre, il me dit :
    « Ferme ta gueule On te ramène d’où tu viens, sale
    bougnoule » C’est juste en arrivant au centre que je
    m’écroule Quand ils m’ont dit que je partais le 26
    Et que mon ex ma sauvé in extremis Qu’elle se porte
    garante de la prise en charge Preuve d’amour pour
    une demande en mariage Mais ça, c’est le thème du
    morceau suivant Vu qu’auparavant, tu comprendras
    que c’est navrant Je suis un détenu qu’on appelle un
    résident Et les matons ici, sont des aides soignants
    Le système est malade, mais je reste lucide Car leurs
    décrets ont l’effet d’un pesticide Pour que l’on reste
    sur la touche ou derrière la ligne De tirs au but, ces
    tirs aux flancs m’indignent Leurs solutions puent
    le renfermé Nos pro deos sont mal informés Ils le
    savent, ils le savent, ils le savent



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    [10] COUP DE GAZ

    Teach me how to fall in love
    Want you to touch me baby
    Ça y est ! Une interruption s’impose Un coup de
    gaz dans ce rap à l’eau de rose Mais pour lui un
    coup d’un soir, pour elle un coup du sort Comment
    s’en sortir quand les liens se détériorent ? On
    s’est rapproché sur un collé-serré Quart d’heure
    américain façon congolais Tu joues avec le feu et ça
    me donne l’eau à la bouche Mais quand j’ai voulu
    me tirer, tu as joué cette cartouche Il y a des points
    d’interrogation dans tes « je t’aime » Des fois, la
    vérité parle d’elle-même Mentir ne sert à rien et puis
    ça me fout le blues De faire de toi une mère, mais
    pas une épouse Regards éberlués quand le testeur
    vire au bleu Trouver une raison pour qu’on reste
    ensemble Certains se créent des problèmes, d’autres
    s’en inventent Quand tu m’as dit avoir une tombe
    dans le ventre Je me suis senti coupable et misérable
    Incapable de t’aimer après l’inconcevable

    Give me a chance give me a chance
    don’t want a distance Teach me how to fall in love
    Want you to touch me baby
    Déjà, il y a les gestes qui ne trompent pas
    Des regards qui ne trichent pas Des mots maladroits
    Mes « je t’aime » attendent une réponse Savoir si tu
    y renonces Si tu es sûr de toi Des « je te rappelle »
    qui veulent dire adieu Pour être parents, il faut être
    deux Les remords nous dévorent
    Pour savoir qui a raison, qui a tort

    Want you to touch me baby Teach me
    how to fall in love Want you to touch me baby
    On se moquait des gens qui restaient ensemble par
    habitude Même si tout les oppose, par
    peur de la
    solitude Donc, par définition, tous les couples sont
    mixtes C’est qu’à travers le compromis qu’ils existent
    Tu m’as piégé avec tes putains de chantage Comme
    un con j’en ai oublié mes protections d’usage Hormis
    le sexe tout laisse à désirer Quand la passion devient
    une obsession et l’amour de la charité Donc j’ai refusé
    froidement De donner mes sentiments contre un
    mariage blanc Mais une histoire de cul, une histoire
    de chiffons Une histoire de papiers rangés avec les
    torchons On est des faiseurs d’ange qui se brûlent
    les ailes À rêver comme dans les Sims d’une famille
    en pixel 300 euros pour se racheter une conduite
    300 euros pour que l’on prenne la fuite

    Teach me how to fall in love
    Want you to touch me baby



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    [11] HOTEL IMPALA

    Mes rimes sont des polaroïds, des instantanés De
    souvenirs trop saturés, mon coeur est surexposé Je
    ne vois que le néant même en contre-plongée J’ai
    mal visé, mal cadré, trop de clichés, trop de déchets
    Tout reste flou malgré les mises aux points Devant
    l’objectif, que des regards en coin Il est temps de se
    réconcilier avec son passé Retrouver ce que la folie
    nous a dévalisé (Hotel Impala) Pris pour cible dans
    les émeutes Comme tous les lieux de privilèges, mais
    comment rester neutre ? En temps de guerre civile,
    tout se précipite Une victoire pour le peuple est pour
    mon père une faillite Il compare les épreuves de la vie
    à des jeux de fortune Et sa condition le répugne Le
    passé est un débarras où tout vole en éclats Je viens
    reconstruire ces liens brisés par les aléas

    Hotel Impala La vie et ses aléas Hotel Impala
    Les souvenirs défilent comme des dias Dis-leur que
    les moins brillants ont viré sépia Que le négatif
    brûle nos vies de parias Qui croulent sous les rappels
    et les pro justicia Esclaves des sociétés de prêts
    sur gages Qui banalisent l’endettement et nous
    prennent en otage Sur le qui-vive, la défensive, la
    paranoïa Nous ronge de l’intérieur comme un ténia
    On ne s’est jamais senti pauvres, mais seulement
    démunis Comme si la chance nous avait faussé
    compagnie Autant de points de vue que de points
    de divergence Mais l’argent n’a jamais remplacé ta
    présence Comme lui, je fuis au lieu d’assumer mes
    échecs Mon bonheur en hypothèque, le doute m’affecte
    Laisse le remords et l’embarras du côté de Zola
    Et à partir de là, remettons les choses à plat

    Hotel Impala La vie et ses aléas Hotel Impala
    Comme mon père, je suis solitaire, plein de mystère
    L’affectif passe après ma carrière Parfois mon opinion
    se volatilise Par peur des conflits, je manque
    de franchise J’étouffe mes sentiments, j’intériorise
    Mais tant que la musique me temporise Je ne serai
    jamais ce criminel que j’aurai pu être Qui a voulu
    remplacer celui que tu n’as cessé d’être L’un comme
    l’autre, nous serons toujours les mêmes Tant de mal
    à accepter d’être nous-mêmes Chaque crime est une
    brique pour construire ce bâtiment Le pardon est
    le ciment, l’amour, le fondement Ravaler la façade
    comme on ravale son orgueil Tomber les barricades
    en franchissant le seuil Dans le film de ma vie,
    tu tiens le rôle-titre Fin de ce chapitre, le doute
    s’infiltre Et je boxe avec mes paradoxes Même si
    parfois, je m’y perds Ta présence me manque mais
    ton absence me tempère



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    [12] DE L'AUTRE CÔTE DE LA MERE

    De l’autre côté de la mère Mais la peur me traverse
    à l’idée d’y aller Où j’arrive… De l’autre côté de la
    mère Loin de mes certitudes, loin de la terre ferme
    Où j’arrive… De l’autre côté de la mère Mais la
    peur me traverse à l’idée d’y aller Où j’arrive…
    De l’autre côté de la mère… J’ai perdu pied
    en touchant le fond du problème
    Avant de prendre le large Je voulais saluer ton
    courage, te rendre hommage 8 gamins à charge,
    ç’a de quoi plomber Comme condamnée au congé
    de maternité T’as repris tes études, là où je les
    ai abandonnées Preuve qu’à 30 ans, la vie peut
    recommencer Que tu n’es pas que la remplaçante de
    ta soeur Car comme elle, tu es unique, comme elle,
    tu es exemplaire Mais il compare les femmes à des
    demeures toi, tu es une résidence secondaire, ma
    mère une garçonnière Derrière le mot « coutume »
    tout se justifie Il a pris ton innocence avec ton nom
    de jeune fille Mais ton dévouement s’appelle du
    don de soi Donc sans remettre ici en cause ta foi Ce
    Seigneur que tu implores, en fait il est en toi Le seul
    qui entend tes prières, le seul en qui tu crois

    Mais la peur me traverse à l’idée d’y aller Où
    j’arrive… De l’autre côté de la mère Loin de mes
    certitudes, loin de la terre ferme Où j’arrive…
    De l’autre côté de la mère Mais la peur me traverse
    à l’idée d’y aller Où j’arrive… De l’autre côté de
    la mère… J’ai perdu pied en touchant le fond du
    problème… De l’autre côté de la mère De l’autre
    côté de la rive De l’autre côté de la mère Tout part à
    la dérive Quand la vie nous prive de repères
    J’imagine la mère tellement paisible Qu’elle se
    confond avec le bleu du ciel J’imagine la mère
    imprévisible Sous forte dépression comme le ciel
    Moi le fils au pair déboussolé Sans aucun repère sur
    la terre mère Je connais des tas d’autres cas isolés
    Qui ont voulu donner chair à leurs chimères

    Mais la peur me traverse à l’idée d’y aller Où j’arrive…
    De l’autre côté de la mère Loin de mes certitudes,
    loin de la terre ferme Où j’arrive… De l’autre
    côté de la mère Mais la peur me traverse à l’idée d’y
    aller Où j’arrive… De l’autre côté de la mère… J’ai
    perdu pied en touchant le fond du problème…
    De l’autre côté de la mère
    Le courage de partir me manque alors j’ai jeté l’encre
    Comme si j’avais quelque chose à me convaincre
    Depuis que cette lettre a fait apparition A renforcé
    mes sentiments pour ma mère d’adoption Moi le
    gosse qui volait dans son sac à main Falsifiait sa
    signature dans ses bulletins À mentir pour un rien,
    patience volatile Elle m’a donné des valeurs indélébiles
    Quand en tant que noir, on doit bosser 3 fois
    plus Que notre avenir est dans la Bible ou dans
    les syllabus Qu’on ne sera jamais égaux, même à
    compétences égales Que si la liberté a un prix, c’est
    celui du minerval Vu d’ici, l’Europe est un port de
    plaisance Où les porcs se dépensent le coeur à la
    place de la panse Mais c’est franchement caricatural
    Comme les conseils des assistants sociaux Sur les
    familles monoparentales Celui qui reste, tient les
    2 rôles primordiaux Comme dos à dos

    Mais la peur me traverse à l’idée d’y aller
    Où j’arrive… De l’autre côté de la mère Loin de
    mes certitudes, loin de la terre ferme Où j’arrive…
    De l’autre côté de la mère Mais la peur me traverse
    à l’idée d’y aller Où j’arrive… De l’autre côté de
    la mère… J’ai perdu pied en touchant le fond du
    problème… De l’autre côté de la mère De l’autre
    côté de la rive De l’autre côté de la mère Tout part à
    la dérive Quand la vie nous prive de repères



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    [13] OU EN SOMMES-NOUS?

    Où en sommes-nous ? Où en sommes-nous ?
    Où en sommes-nous ? Où en sommes-nous ?
    Mais est-ce la fin, faute de moyens ? Je suis complice
    juste en étant témoin J’ai beau fuir à coups de
    faux-fuyants À faire semblant dès que c’est contraignant
    Qu’il a kidnappé ton innocence Étouffé ses
    remontrances Démenti son cas de démence Bouffé
    par ses manigances Et moi je suis lâche, j’ai eu
    froid aux yeux Et le vent balaye mon courage trop
    frileux Mais est-ce les liens qui rendent les rapports
    sanguins ? Violents et brûlants, vu que le seul gain
    C’est de détruire sa dignité Ruiner son intimité
    pour l’éternité Vu que l’éternel n’est pas seul juge
    Le pardon n’est qu’un refuge

    Où en sommes-nous ? Où en sommes-nous ?
    Où en sommes-nous ? Où en sommes-nous en somme ?
    Mais la nature humaine est forcément bête
    (Où en sommes-nous ? Où en sommes-nous ?)
    J’ai payé mon dû malgré le mal que l’on me prête
    (Où en sommes-nous ? Où en sommes-nous ?)
    Mais est-ce la fin ou le commencement ? Quand
    t’atterris en établissement Et pourquoi j’hésite à te
    rendre visite Car ça me confronte au mal qui m’habite
    J’étais là ce jour où en dernier recours T’essayas
    en vain d’y couper court Enfance sacrifiée, enfance
    scarifiée Retournons à la source pour tout clarifier

    Où en sommes-nous ? Où en sommes-nous ?
    Où en sommes-nous ? Où en sommes-nous en somme ?
    Si la vie est un poids, l’espoir chétif Que la peur gagne
    le manque affectif Mais les lendemains ont tenu
    promesse Si tu veux lui rendre la monnaie de sa pièce
    Ça ne fera que deux vies fauchées, deux vies gâchées
    Deux vies entachées Mais vais-je trop loin ? Est-ce que
    j’ai tort ? Mon manque de pudeur va causer du tort
    Pardonne-moi Jacqueline



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    [14] LIEGE BRUXELLES GAND

    A. Point de chute
    Mon point de départ, mon point de chute Liège
    me contient, me rapproche de mon but Mon point
    de départ, mon point de chute Liège
    L’histoire débute sur les hauteurs de Cointe J’ai appris
    à manier la rime comme une arme de pointe Les
    bancs de Saint-Maur m’ont servi de tremplin Cancre
    à temps plein, au futur incertain J’ai découvert la
    poésie en récitant des poèmes de Maurice Carême
    L’estrade en guise de scène Parfois du haut de ma
    colline T’as l’impression que les nuages dégoulinent
    « Partout où je vais c’est Liège que j’amène » Chaque
    fois que les portes du hall omnisport étaient closes
    On traînait dans le parking où les mecs ont buté Cools
    Le dos au mur à faire le pied de grue Mais j’ai tremblé
    le soir de ma première garde à vue L’adolescence prend
    racines dans le Carré On tourne sans un rond, l’air
    tout égaré Place Cathédrale, station balnéaire Rien à
    voir, rien à faire, si ce n’est chasser l’ordinaire

    Mon point de départ, mon point de chute Liège
    me contient, me rapproche de mon but Mon point
    de départ, mon point de chute Liège
    Comme les Italiens avant nous, le racisme se
    refourgue On est les seuls négros dans ce quartier
    de bourges Ils appellent ça de la discrimination
    positive Mais à l’époque, c’était une exception, un
    fait d’archives Liège, ma petite Sicile Où l’horizon
    se cache derrière des terrils Mais les nonos ont le
    teint de cendre Des fossettes dans les paumes, la
    relève se fait surprendre
    « Partout où je vais, c’est Liège que je laisse » Il neige
    sur Liège des flocons d’alu Sur le nez des élus, l’héro
    suit sa plus-value Dans l’autre capitale des travaux
    inutiles Les stewards se prennent pour des flics en
    civil Les subsides vont à l’opéra, culture du privilège
    Pendant que les MJC remplacent les collègues
    À Liège pas grand-chose à voir, si ce n’est des gens
    uniques Comme ceux de chez Caroline Music
    J’ai laissé un peu de moi rue de l’Université Pas
    juste des amendes et des lettres d’huissier Même si
    tous les chemins mènent à des plans inclinés
    Tu peux pas décliner notre sens de l’hospitalité

    Liège me contient, me rapproche de mon but
    Mon point de départ, mon point de chute Liège
    Liège a du mal à assumer la réussite Pour moi,
    le disque d’or c’est comme ramener le titre Dans
    cette ville qui refroidit tes ardeurs Comme si on devait
    d’abord trouver la reconnaissance ailleurs, c’est
    le cas de Starflam, autre sujet volumineux Dont on
    reparle dans le volume deux

    B. Capital(e)
    Bx, Bx, Bx Capitale Tous s’arrêtent ici le temps
    d’une escale Bx, Bx, Bx Centrale Changent de ligne
    de vie ou d’idéal Tous dans le même compartiment
    La ville joue sur le comportement De la Bourse à
    la Cage aux Ours C’est la bourse ou la vie, la pénombre
    fout la frousse Les renois s’appellent « hazé »
    entre eux Les Flamands s’appellent « kardesh » entre
    eux Et au milieu des deux, la ville transpire De part
    en part, comme du peer to peer Rogier devient la
    plaque tournante Où les zoneurs sont des bandes
    passantes La Monnaie comme moteur de recherche
    Le serveur est H.S. et le biz monte en flèche MC à
    haut débit sans structuration Ils ont tous des labels
    mais pas de distribution Ça se disperse comme des
    flyers Ça tergiverse pour de l’antenne à Reyers Cesse
    de croire que Emi est l’ennemi Mais apprends la
    différence entre une famille et une compagnie Le
    statut d’artiste, c’est la carte vipo Et les dj’s sont des
    stars en mixant sur serato De fiche en aiguille, je
    brode Fullmode, fournis le dresscode Trop de coup
    bas sous la petite ceinture Trafic au ralenti comme
    des procédures L’histoire est masquée comme à
    Tervuren La haine gagne les accords de Schengen
    De Boniface à Schuman, ça pue l’amiante Les
    parlementaires font des tournantes Dans ce pays
    succursale Même pour la Flandre, Bx est capital

    C. Perdu dans la traduction
    À Gand, on est tous en provenance D’une autre
    province Même si c’est provisoire Un coup de la
    providence Nederkouter me va comme un gant
    Sans lien de parenté apparent Même si c’est dit juste
    en passant Tous trahis par notre accent Dès que l’on
    apprend une langue étrangère On parle tous petit
    nègre Chaque commune a son dialecte Sa façon
    de prononcer les lettres Aux infos, ils mettent des
    sous-titres Pour comprendre les gens de Tielt, de
    Kapellen ou de Hasselt En flamand dans le texte

    …Perdu dans la traduction
    …Perdu dans la traduction
    Sinon sa haine est mesquine Elle a le regard d’un
    skin Le sourire d’un diplomate Et des manières
    d’aristocrate Des promesses comme des slogans
    Politique de brigands Mais ce n’est pas un vote
    sanction Mais le peuple prend position Vois la
    Flandre comme Monaco Sans rocher, ni braqueurs
    manchots Ni trône wallon Qui avec les Pfaff font
    doublon À tirer sur la corde Dès la gare de Vilvorde
    Ont bâti sur des cendres La république de Flandre

    …Perdu dans la traduction
    …Perdu dans la traduction
    Big au Japon, big en Flandre Bide sans nom, biz
    à prendre Pays bocal ou le local S’exporte mal, hors
    festival La Flandre s’est créée un panel de stars
    depuis Coco Flannel « nog choco… » En flamand
    dans le texte Du temps du « Belmondo » Du « 69 »
    au bar du « Bardot » Je venais décharger ma colère
    sourde Puis j’ai eu le coup de foudre Différent sous
    tous rapports Familier autant qu’étrange Avant elle,
    j’avais des rapports Avec elle, j’ai des échanges
    Notre couple est un triangle Que la fausse note
    épingle On dit que l’amour est aveugle Dans mon
    cas il est trilingue L’anglais nous prend au mot
    Un raccourci pour dire « je t’aime » « je comprends
    rien de knots » En français dans le texte



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    [15] NAKUENDA

    I’m going home to be with my mother I’m going
    home to see my dear old dad I’m going home to see
    my sister I’m going home won’t my brother be glad
    Je reviens à Lubumbashi Shaba Entre le jour du
    seigneur et le sabbat J’écris pour effacer, la musique me
    délivre Pour retrouver mon pays au visage de cuivre
    Marvin Gaye n’est qu’une excuse Car sans musique,
    ma vie est confuse Je ne veux ni choquer, heurter ou
    blesser Ceux qui m’ont aimé pendant toutes ces années

    ‘cos I’ve been so ’lone since I begin to roam
    I never shoulda left home, thought I was grown
    Now I see what it mean to me I’m going home
    to see my mother I’m going home to be with
    my old dad I’m going home to see my sister
    I’m going home won’t my brother be glad
    Des fois, je me dis, vaut mieux ne pas savoir Même
    si il y a 2 versions à chaque histoire La mienne est
    pleine de bribes, cassée comme mon timbre Un long
    courrier nous sépare de la zone libre Ce qui différencie
    l’innocent de la victime Le moment opportun de
    l’opportunisme Mais avant ça, je n’aurai jamais été
    prêt À rencontrer mes frères 25 ans après

    I’ve been so ’lone since I begin to roam
    I never shoulda left home, thought I was grown
    Now I see what it mean to me I’m going home
    to see my mother I’m going home to see my dear old
    dad I’m going home to be with my brother
    I’m going home
    I’m going home… Nakuenda Kwa baba yangu
    Nakuenda Kwa mama yangu
    Honte pour un Muluba Parle pas le tchiluba Connais
    rien de ma tribu, c’est ardu Mais je suis un blanc aux
    cheveux crépus Qui plane, traîne, peine, cherche C’est
    la panne sèche Bounty abruti Au rêve inabouti…
    Entre utopie et fantaisie Miné comme Kolwezi
    Le peuple a choisi Dans la frénésie Le futur se
    conjugue comme l’imparfait Nos chefs sont coutumiers
    du fait Mais la fin justifie les moyens
    Les moyens se monnayant Le Congo est un
    terrain de jeu À l’état moyenâgeux…
    J’ai du mal à accepter mon nom Sa signification
    Une part de moi dur à porter Baloji veut dire
    sorcier Liée aux forces occultes Trop vite à l’âge
    adulte J’ai peur des envoûtements, des châtiments,
    des enchantements Au sombre dénouement
    Même si j’ai peur pour ma vie Partir incompris
    j’accomplis Même si c’est compromis Je me vis
    à des hologrammes Mais la voix c’est le reflet de
    l’âme Du bout des lèvres La vie est brève Pays
    d’emprunt, teint aux yeux brun Porte le parfum,
    d’un rêve défunt Passé commun propre à chacun
    Hotel Impala volume 1 Ne ressemble à aucun genre
    défini Disque ovni, auto-bio-phonie Ça vient des
    tripes, la peur me crispe Roman sans script au sens
    strict Le doute s’éclipse, la haine s’agrippe Même
    si j’ai menti, triché et volé Même à tes côtés, je me
    sens seul Putain ! Il manque une pièce au puzzle Je
    planque mes maladresses Forces et faiblesses Sans
    le ressentiment dans le battement Plié en 4 Au 5e
    acte sur du 6-8 coup de sang neuf Je viens payer
    mon dû, né d’un malentendu Je reviens te dire qu’il
    ne se passe un jour Sans que je ne pense à toi

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